Huang Sheng Shyan
La tradition du Fujian, au sud de la Chine, fait remonter la naissance du Bai He Quan à une femme du XVIIᵉ siècle : Fang Qiniang.
Son père, Fang Zhonggong, aurait été moine du monastère Shaolin du Sud, expert du Shiba Luohan Quan – le poing des Dix-Huit Arhats.
Fuyant la destruction du temple, il se réfugia dans la région montagneuse du Fujian, où il enseigna son art à sa fille unique.
Après la mort de sa mère, Qiniang s’installa à Yongchun, contrée de forêts humides où abondent les grues blanches.
C’est là qu’elle apprit la mort de son père, tué lors d’un duel. Décidée à perfectionner sa maîtrise, elle poursuivit seule son entraînement.
Un jour, raconte la légende, alors qu’elle balayait la cour, une grue se posa près d’elle.
Qiniang tenta de la chasser à coups de bâton, mais l’oiseau esquiva, détourna, dévia sans jamais abandonner .
Elle observa alors ses mouvements : sa grâce, la précision de ses piques, la manière de répondre à la force sans s’y opposer.
De cette observation naquit un art nouveau, fondé sur la souplesse, la vigilance et la sensibilité.
Qiniang combina les techniques héritées de Shaolin avec la légèreté de la grue : ainsi prit forme le Bai He Quan, un style où l’on cherche la justesse et la souplesse plutôt que la puissance. Les versions diffèrent — rêve symbolique pour certains, rencontre réelle pour d’autres, mais toutes expriment la même idée : C’est dans la souplesse que réside la vraie force.
Parce qu’il fut conçu par une femme, le Bai He Quan met en valeur la rapidité, la précision, et le travail interne plutôt que la force musculaire.
Son influence s’étendra jusqu’à Okinawa, où plusieurs maîtres intégreront ses principes dans les formes anciennes de karaté, comme en témoigne le Bubishi, manuscrit classique reliant les arts du Fujian à ceux des Ryukyu.
Au cours des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, le Bai He Quan se diversifia en cinq branches régionales, chacune explorant une facette du style générique :
Shí Hè Quán : la grue qui se nourrit,
Fēi Hè Quán : la grue qui vole,
Shuì Hè Quán : la grue qui dort,
Yáo Hè Quán: la grue qui tremble,
et Ming He Quan (鳴鶴拳) – la Grue qui chante, notre filiation.
Le Ming He Quan, littéralement « poing de la grue qui chante », prit forme au XIXᵉ siècle dans la région de Fuzhou (福州).
Selon les lignées traditionnelles, sa création ou codification initiale est attribuée à Pan Yuba (潘玉八), disciple de Lin Shixian, deux maîtres issus du courant Bai He de Yongchun.
Pan Yuba aurait intégré des éléments du Luohan Quan et du Shaolin du Sud à l’essence du Bai He, donnant naissance à une pratique centrée sur la respiration sonore et la force vibratoire interne.
Le style fut ensuite transmis, développé et diffusé par Xie Zhongxiang (謝崇祥), également connu sous son nom d’Okinawa : Ryu Ryu Ko (如如居士).
Maître respecté à Fuzhou, Xie forma de nombreux élèves chinois et étrangers, parmi lesquels Higaonna Kanryo, futur fondateur du Goju-Ryu d’Okinawa, et le célèbre maître Huang Sheng Shyan, qui devint plus tard maître de Taïchi Chuan, et qui est le fondateur de notre lignée.
Avant de rencontrer le Me Cheng Man Ching, Huang Sheng Shyan (ou Xingxian – 1910-1992) a pratiqué longtemps le style de la Grue blanche (Ming He Quan) et le Lohan Quan. Il s’est initié à ces styles auprès de Xie Zhongxian, à partir de 14 ans et a rencontré d’autres maîtres par la suite. Ce n’est qu’après être devenu un grand expert de ces arts, qu’il a demandé au Me Cheng Man Ching de devenir son disciple.
Après s’être établi à Taiwan où il est devenu médecin traditionnel chinois, il s’est fait connaître en 1955, remportant le championnat de Tai Chi Chuan. Par la suite, il s’est engagé dans une mission mondiale en fondant le système du Tai Chi Huang à Singapour et en Malaisie, où il a établi de nombreuses académies. Sa vision était de développer la « Voie du Tai Chi » pour « sauver les gens et le monde », en promouvant l’esprit d’une « Famille Mondiale de Tai Chi ».
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